Côte d’Ivoire: FPI, l’opposition qui s’enchaîne

C’est connu de tous, le Front populaire ivoirien (FPI), depuis la chute du régime de la Refondation de Laurent Gbagbo, en 2011, n’est pas au mieux de sa forme. Le parti à la Rose qui fait, depuis cette époque, office de formation politique de l’opposition, fait montre, jour après jour, d’un état d’essoufflement qui lui-même est la preuve que les ‘’Frontistes’’ sont en mal d’imagination.

Alors que 2020, année de l’élection présidentielle, n’est plus vraiment loin, le FPI demeure toujours dans sa bulle, donnant l’impression et l’image d’un combattant résigné ou, du moins, qui n’a pas trouvé mieux que de bander les muscles dans une bataille fratricide interne qui ne fait que du bien à la majorité présidentielle.
Au sein du Front populaire ivoirien, il semble que le mot d’ordre est de tout mettre en œuvre pour saper la cohésion interne.
D’ailleurs, le manque d’entente est le premier maillon de la chaine avec laquelle l’ex-parti au pouvoir s’enchaine et avec lui, toute l’opposition ivoirienne. Quand certains leaders sont d’avis pour demander à leurs militants de prendre part à la révision de la liste électorale qui démarre le 18 juin 2018, en vue des élections locales prochaines, d’autres appellent leurs suiveurs à ne pas participer à cette opération.

Le conflit de leadership, qui a éclaté dès l’arrestation de Laurent Gbagbo, a mis au grand jour un antagonisme larvé qui a débouché sur la naissance de deux clans qui réclament, chacun, la présidence du parti. Pascal Affi Nguessan, qui présidait le navire jusqu’au naufrage, est vomi par une frange radicale des socialistes ivoiriens conduits par Abou Drahamane Sangaré. La bataille pour contrôler le parti est même allée à la justice, montrant le degré d’intransigeance qui anime les différents acteurs.

Le bicéphalisme qui règne au FPI, on ne le dira pas assez, est une plaie qui ne peut que faire du mal aux militants de ce parti qui sont désorientés par l’attitude de leurs dirigeants. Sangaré et Affi, à qui s’est ajouté depuis peu un certain Georges Armand, ci-devant président de ‘’Ensemble pour la Démocratie et la Souveraineté’’ (EDS), dans leur radicalisme fondé sur un manichéisme inutile, ont cassé le gouvernail du bateau FPI, l’amenant à naviguer à vue.


Ces leaders et leurs ouailles ne font rien faire déranger la coalition du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), laquelle prend les divergences au sein du FPI comme du pain béni. Alors que les Refondateurs se chamaillent, l’alliance des houphouétistes, quoi que secouée en interne également, a déjà les deux pieds en 2020 et y travaille. Même dans la mésentente, les Houphouétistes préparent la présidentielle pour s’assurer de demeurer au pouvoir lors du prochain quinquennat. De leur côté, la bataille que se livrent Affi et Sangaré cache, en réalité, leur manque de stratégie pour la reconquête du pouvoir d’Etat. Et les effets dévastateurs de ce conflit absurde ne se limitent pas qu’au FPI. A vouloir tirer trop sur la corde, elle finit par se couper ; c’est le scénario auquel l’on assiste actuellement au sein de la formation politique fondée par Laurent Gbagbo.

Les deux factions qui se livrent ‘’la guerre’’ ont célébré, il y a peu, chacune de son côté, la ‘’fête de la liberté’’ qui fait partie de la cosmogonie du Front populaire ivoirien. Bien d’observateurs ont noté qu’Affi et Sangaré, ainsi que ceux qui les maintiennent dans ces positions tranchées, auraient dû faire l’économie de cette célébration, tant dans leur propre formation il ne souffle pas le vent d’une liberté qui apaise et qui est source d’harmonie. Organiser des‘’fêtes de la liberté’’, alors qu’on est enchaîné par son égo surdimensionné qui rend intolérant, n’était pas utile d’autant plus que cette commémoration – que ce soit celle d’Affi ou de celle de Sangaré – n’a eu aucun n’impact national. On a discouru, théorisé, chanté, dansé, ni plus ni moins.

Le Front populaire ivoirien, dans sa marche actuelle, montre qu’il souffre intrinsèquement du manque de leader. Un chef de file qui serait comme un berger pour les militants et qui serait oint de leur confiance. Les « Gbagbo ou rien » montrent clairement que le célèbre prisonnier de La Haye est difficilement remplaçable, eux qui ont d’ailleurs fondé leur projet de société sur sa libération. De son côté, Affi Nguessan, qui a donné, par moments, l’impression d’avoir passé le cap de Laurent Gbagbo, a fait les frais du désintérêt des militants.
Indéniablement, le FPI va à sa perte. Son efficacité en tant que contre-pouvoir doit amener ses dirigeants à se parler, à rechercher cette harmonie perdue et qui ne fait que le jeu du Rhdp.

Affi et Sangaré doivent franchir le Rubicon de leur orgueil et remettre véritablement leur parti dans l’action politique. A moins qu’ils ne soient résignés et convaincus de n’avoir pas de destin national.

Par Charles L. TRA-BI

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