Côte d’Ivoire: Pouvoir, argent et fusil

Il n’est ni superflu, ni exagéré de dire que les événements que vivent les Ivoiriens, dans ce mois de janvier 2017, pourraient laisser au sein de la classe politique et de la société civile, des traces indélébiles. Alors que se mettent en place les institutions de la 3e République de Côte d’Ivoire, le pouvoir d’Alassane Ouattara est secoué par une fronde militaro-sociale qui en dit long sur les dissensions profondes entre les dirigeants et le peuple qu’ils sont censés servir.

Tout porte à croire que le contrat social que le chef de l’Etat a passé avec ses compatriotes est arrivé à expiration, et qu’au terme de celui-ci, la confiance ait foutu le camp. La semaine dernière, 8400 militaires repartis dans différentes casernes et camps disséminés dans le pays se sont fait entendre à coups de rafales. La grogne des insurgés n’est pas totalement éteinte, même si un compromis semble être trouvé avec le pouvoir. Au cœur de leurs complaintes, le paiement de leurs primes de guerre, la réduction de temps de passage au grade supérieur, l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail.

Si les mutins ont, dit-on, eu gain de cause, c’est leur intransigeance affichée lors des différentes négociations ouvertes depuis la mutinerie qui attire l’attention et induit une réflexion : « Les promesses de politiciens n’engagent que ceux qui y croient ». Au regard de la fermeté de ces soldats, on perçoit aisément – et ils ne s’en sont pas cachés – que le capital confiance entre la grande muette et le chef de l’armée n’est point au beau fixe. Un désamour causé par le nerf de la guerre, l’argent, mais aussi par les suffisances des tenants du régime, le pouvoir, qui donnent de plus en plus l’impression, dans leur comportement, que tout le faste doit leur revenir, et aux autres, le menu fretin. Dans cette affaire, on se rend compte de l’arrogance et de l’égoïsme des politiques qui ne bougent le petit doit pour trouver des solutions aux problèmes que lorsqu’ils sentent leur pouvoir vaciller.

Il est vrai que les autres corps de métiers ne possèdent pas des fusils pour effrayer le régime mais il faut s’attendre à ce que les bisbilles entre les militaires et le pouvoir ne fassent des émules. Désormais, tous les travailleurs n’hésiteront pas à utiliser la pression à l’extrême pour avoir gain de cause dans leurs revendications, même si les populations doivent en pâtir. En droit, cela s’appelle la jurisprudence. Une aubaine que vont sans doute exploiter toutes les corporations pour avoir gain de cause dans leur bras de fer avec le gouvernement.

Les fonctionnaires, qui ont déjà une semaine de grève à leur actif, sont encore plus déterminés à faire aboutir leurs revendications, face au dénouement de la mutinerie des 8400 soldats. La situation, qui s’annonce explosive au niveau du front social ivoirien, doit interpeller les gouvernants au plus haut point. L’attitude, à la limite condescendante des autorités, lors de la première semaine de la grève des fonctionnaires et agents de l’Etat, ne prospère pas. C’est peut-être vrai que ceux-ci ne possèdent ni kalachnikov, ni Rpg.

Mais dans bien de contrées et à des époques différentes, la colère des populations a fait reculer de redoutables armées. Combien de personnes vivent des désagréments, allant même jusqu’à voir leur vie être mise gravement en danger, lorsque l’administration est en panne ? Combien d’enfants voient leur vie basculer quand l’école est fermée parce que les enseignants débrayent. On ne le dira jamais assez. Lorsque les politiques ne s’efforceront pas à dire un minimum de vérité aux populations, leurs actes et actions auront un effet boomerang qui pourrait, si on y prend garde, leur exploser au visage. Une telle situation achève de convaincre que le pouvoir, l’argent et le fusil ne font pas vraiment bon ménage en Côte d’Ivoire.

Par TRA-BI Charles Lambert

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