Interview/Félix Blé Sailly (Député-Maire PDCI de Gueyo): ‘’Tous ceux qui font du bruit ont un poste à défendre, mais cela va se déterminer en 2020’’

Réconciliation nationale. Reforme de la Commission électorale indépendante (Cei). Développement local. Troisième mandat de Ouattra. Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (Rhdp). Le fidèle compagnon du président du Pdci, Henri Konan Bédié, dans le département de Gueyo fait le grand déballage.

Comment se porte la commune de Gueyo ?

Gueyo se porte bien comme toutes les petites localités de la Côte d’Ivoire au-delà des difficultés infrastructurelles. Nous avons toujours des problèmes de routes. Mais chaque fois que je parle de Gueyo, je paraphrase les propos du Curé de la ville qui disait que Gueyo, c’est dur, mais c’est doux ! Dur pour y arriver, mais quand vous y êtes, vous découvrez des gens sympathiques. Des gens qui aiment l’homme.  Alors, tout de suite, vous commencez à aimer cette petite ville. En clair, Gueyo se porte bien.

C’est donc une localité très enclavée ?

A l’occasion de la réalisation de l’émission télévisée de la RTI ‘’Tonnerre à Gueyo’’, j’ai adressé directement au chef de l’État les vœux. J’ai exposé les souffrances des populations de Gueyo. Voici une belle localité, mais qui est difficile d’accès. Aujourd’hui, quand vous prenez le Bas-Sassandra, c’est la boucle du cacao. Elle produit 70% du cacao de Côte d’Ivoire. Et Gueyo seul fait 30%. Notre zone est extrêmement riche. Mais le paradoxe, c’est une zone qui est riche et pauvre à la fois. Riche en culture et pauvre en investissements et infrastructures routières. Nous sommes à pied d’œuvre pour sortir cette belle cité de cet enclavement par nos maigres moyens.

Alors, comment faites-vous pour apporter un bien-être aux populations et avoir leur confiance avec toutes ces difficultés que vous évoquez précédemment?

Je peux vous dire que, lorsqu’on a été réélu, c’est parce que nous sommes en phase avec  notre population. De passage, je leur témoigne toute ma gratitude et reconnaissance. Au niveau de Gueyo, nous avons pris un village en 2013 qui, aujourd’hui est en train  de se transformé en ville. Nous avons donné vie aux villages sinistrés de la crise postélectorale. Des efforts ont été faits dans tous les domaines. Ceux qui ont connu Gueyo en 2013, aujourd’hui en 2019 ne s’en reviennent pas ! C’est comme le jour et la nuit. En tout cas, nous faisons beaucoup d’efforts et je pense que d’ici la fin de mon mandat, la population pourra me juger et faire le bilan. Quand nous prenions la mairie, il y avait 4 ou 5 centres de santé. Aujourd’hui, nous avons doté  tous les villages d’un centre de santé. Tous les villages ont été également dotés d’écoles. Des quartiers ont été électrifiés, des villages aussi avec les maigres moyens de la mairie et sur fonds propres. Des écoles ont été construites sur fonds personnels. L’Epp Blé Sailly est un don personnel à l’Etat de Côte d’Ivoire. Là où la mairie n’a pas les moyens, je mets la main à la poche pour apporter un satisfecit et un mieux-être aux populations. Quand vous voyez que quelqu’un peut être réélu, avoir un mandat en 2013, un mandat en 2016 et un autre mandat en 2018, c’est qu’il y a de bonnes relations entre lui et la population. On fait des efforts pour éviter que la population se plaigne de nous. Là où elle demande 100 FCFA, quand on arrive on fait plus.

On constate que les actions de développement sont concentrées à Abidjan et autres grandes agglomérations. Alors que les richesses viennent des petites localités comme vous le dites. Selon vous, qu’est ce qui peut bien expliquer cela ?

Comment comprendre que là où la richesse quitte, c’est là qui n’est pas développé. Tout quitte à l’intérieur pour arriver à Abidjan. Ce qui se passe, c’est du m’as-tu vu. On sait qu’Abidjan, c’est là que tout le monde vient, c’est là que sont les ambassades, alors, il faut que Abidjan se développe. Quand on parle d’émergence, ce n’est pas Abidjan seulement. Abidjan peut émerger peut-être. Mais le territoire ivoirien ne se résume pas seulement qu’Abidjan. Donc il ne s’agit pas de tout mettre à Abidjan pour dire qu’on a investi dans le développement. Si on le fait, ce n’est pas une bonne manière. Franchement, on devrait pouvoir distribuer ces richesses que l’intérieur produit, plutôt que de vouloir les concentrer à Abidjan. C’est regrettable de voir que là où quitte le riz, le manioc, la banane, le cacao qui nourrit toute la Côte d’Ivoire n’est pas développé. Et ce sont ces petites localités là qui souffrent. Ceux  qui ont en charge le développement du pays ont leurs raisons. Mais pour nous autres, il est difficile de comprendre de cet état de fait.

Vous en tant que cadre du Pdci, comment expliquez-vous le virement massif des cadres de votre parti au Rhdp ?

Militer dans un parti politique, c’est tout à fait volontaire. Si vous épousez Mariam et vous ne voulez plus d’elle, vous la laisser. Ou bien si vous trouvez que Jacqueline est  plus belle que Mariam et qu’elle a plus de convictions que Mariam, vous partez avec Jacqueline. C’est leur droit. Je n’ai pas de commentaire à faire. Je dis simplement  que le militantisme est une question de cœur. Aujourd’hui  quand on parle  de virement au Rhdp, je dis qu’il faut catégoriser les choses. On a les fonctionnaires de l’Etat de Côte d’Ivoire  sur  qui on fait beaucoup de pressions. Si vous ne venez pas au Rhdp, vous perdez votre poste. Quand on impose cela à des gens qui ont des femmes et des enfants à nourrir, je pense que  le choix est automatique. Malheureusement, c’est à cela que nous assistons. Nous trouvons cette pression aberrante. Ce n’est  pas du tout juste. Ce n’est pas la démocratie. C’est un libre choix d’adhérer à un parti politique. Vous les amener de force. Ceux qui le font, je pense qu’ils doivent savoir que là où on va de force, on ne va pas avec le cœur. Tous ceux qui font des bruits ont un poste à défendre. Mais cela va se déterminer en 2020.

Comment se porte donc le Pdci à Gueyo ?

Le Pdci, c’est la première force politique à Gueyo. A Gueyo, nous avons trois grandes forces politiques. La première c’est le Pdci, la deuxième force c’est le Fpi et la dernière force c’est le Rdr, devenu Rhdp aujourd’hui. Le Pdci est une force indéracinable à Gueyo. C’est pourquoi le candidat Rhdp qui a été choisi en 2016, c’est un candidat Rdr. Et j’ai dit à Guikahoué que le Pdci est tellement implanté à Gueyo qu’il ne fallait pas se tromper. Je lui ai dit que je ne peux pas concevoir que le député de Gueyo soit Rdr. Il a été député en 2011 parce qu’on venait de quitter la guerre. Mais en 2016, la guerre est terminée et que le Pdci a son mot à dire. Il ne m’a pas écouté. Donc je suis allé en indépendant. Quand j’ai battu le Rdr, j’ai donné ma victoire au Pdci. C’était juste pour dire à Guikahué que le Pdci est fort à Gueyo.

Que pensez-vous de la réforme de la Cei ?

Une institution qui a été à la base de la  crise post-électorale de 2011 doit être réformée. Ce sont les tergiversations  de la Cei qui nous ont amené à la crise que nous avons connue. Si tel est le cas, est ce que cette Cei doit exister encore ? Si on se rappelle des moments difficiles que nous avons connus, je pense qu’il faut actualiser la Cei. Les gens qui sont là aujourd’hui, leur mandat est largement dépassé. Il faut nettoyer tout cela pour aller sur de bonnes bases et mettre en confiance tout le monde.  C’est le gage des élections apaisées et crédibles. On n’a pas le choix. Ça s’impose à nous. Si on veut la paix, il faut réformer la Cei.

Des proches du président de la République et bon nombre de personnes parlent de plus en plus d’un troisième mandat de Ouattara. Vous y croyez ?

Non ! Pas du tout. Je ne crois pas. Je pense que le président Ouattra est trop intelligent pour faire cette erreur. Il est trop sage. Il a fait les Etats-Unis et il s’est imprégné des valeurs démocratiques. Il sait que la constitution ne lui permet pas de faire un troisième mandat. C’est vrai, on dit cela pour mettre la pression sur les autres. Mais en réalité, ce monsieur là ne sera pas candidat. S’il veut être candidat, il aura déçu tout le monde. Les Constitutions de 2000 et de 2016 ne sont pas contradictoire. Dès lors qu’elles ne sont pas contradictoires, Ouattara ne peut pas briguer un troisième mandat. Quand les gens disent que Ouattara sera à son premier mandat de la troisième République, ils se trompent. Ce sont des interprétations erronées. Lorsque deux constitutions sont identiques à un certain point, elles s’appliquent automatiquement. Il n’y a pas deux manières de comprendre cela. Ceux qui pensent que Ouattara doit faire un troisième mandat le savent  mais ils font exprès.

Pensez-vous que la réconciliation est une réalité en Côte d’Ivoire ?

La plaie du pouvoir Ouattara, c’est  la réconciliation. On voit des ponts et des routes, des choses se réalisent. Mais la réconciliation en tant que telle n’a pas encore amorcé de pas. Des cœurs sont encore meurtris. On dit que des efforts ont été faits. Mais il faut aller au-delà. Lorsque deux personnes se sont battues, ce sont elles qui se réconcilient. La seule condition de réconcilier les Ivoiriens, il faut  que Gbagbo soit là. C’est Ouattara et Gbagbo ensemble qui peuvent réconcilier les enfants de la Côte d’Ivoire. Si Gbagbo et Ouattara se réconcilient, les autres emboiteront les pas.  La réconciliation est indispensable, elle s’impose. La meilleure manière d’y aller, il faut que les protagonistes se parlent franchement.

Selon le président beaucoup d’efforts ont été faits dans ce sens à travers la libération de 800 prisonniers politiques dont Simone Gbagbo, Lida Kouassi, Assoa Adou… Il a même décidé de ne plus envoyer d’Ivoiriens à la Cpi. Qu’est ce qu’il reste encore à faire à votre avis ?

Quand Ouattara dit qu’il a décidé de ne plus envoyé d’Ivoiriens à la Cpi, c’est qu’il regrette d’avoir envoyé les autres à la Cpi. S’il le regrette, qu’il les fasse venir. C’est une question de logique intellectuelle. Aujourd’hui, Gbagbo est libéré, le président peut lui dire de venir pour qu’on se parle entre-nous. Une accolade Ouattara-Gbagbo va être le début de la réconciliation en Côte d’Ivoire. Si Gbagbo est libéré, dès lors, tous les accusés doivent être acquittés. Si celui qui donne des ordres  a été acquitté, c’est que ceux qui exécutaient les ordres doivent être acquittés. Je demande au président d’aller plus loin en libérant tous les prisonniers politiques et militaires. Je sais qu’il peut le faire.

Que pensez-vous des nombreuses sorties de Soro après sa démission ?

C’est un monsieur que je respecte beaucoup. Donc je ne peux pas commenter ses déclarations. Quand il était président de l’Assemblée nationale, il avait des droits de réserves. Maintenant qu’il ne l’est plus, il peut parler de tout. C’est son droit et personne n’a le droit de le juger. Il sait ce qu’il fait. Il est assez mature. Il faut plutôt comprendre l’homme. Il a été blessé. Il a mal au cœur surtout que sa démission a été un peu forcée. Quand un enfant pleure, c’est qu’il a mal quelque part. Les sorties de Soro ont des justifications.

Sercom avec Dimitry Chrysostome

 

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