Elections en Côte d’Ivoire: Au-delà de la passion sénatoriale

L’univers politique de la Côte d’Ivoire connaîtra, à partir du 24 mars 2018, une innovation. Ou, disons-le, une nouveauté. Et comme nous connaissons notre propension à sublimer ce qui est neuf, il n’y a pas de doute que cette trouvaille engendrera une frénésie au sein des populations, de la classe politique et de la société civile.

Le président Alassane Ouattara, par l’ordonnance numéro 2018-143 du 14 février 2018 relative à l’élection des sénateurs, a décidé que ce scrutin se tiendra avant les municipales et les régionales également prévues pour cette année. En conférence de presse d’après Conseil des ministres, tenu le mercredi 21 février 2018, le ministre Bruno Koné, porte-parole du gouvernement, a donné les tenants et les aboutissants de la prise de cette ordonnance qui a donné le tournis aux acteurs politiques, surtout ceux de l’opposition.

Pris de court par cette accélération du chef de l’État, les opposants se sont fendus de déclarations qui, pour le moins qu’on puisse dire, expriment leur aversion pour le mode opératoire choisi par M. Ouattara en ce qui concerne l’élection sénatoriale, la première du genre dans le pays d’Houpouët-Boigny. « Tout Ivoirien, âgé de 35 ans révolus à la date de l’élection, qui a la qualité d’électeur peut se présenter dans toute circonscription électorale de son choix, à l’exception des personnes ayant acquis la nationalité ivoirienne depuis moins de 10 ans, des présidents de conseil et conseillers régionaux, des maires, adjoints au maire et conseillers municipaux, démis d’office pour malversation, même s’ils n’ont pas encouru de peine privative de droits civiques sans préjudice des dispositions de la législation relative à l’organisation des collectivités territoriales », avait détaillé Bruno Koné.

Sur la même question, une source proche de la Commission électorale indépendante explique que « si on avait organisé les sénatoriales après les municipales, les mêmes conseillers auraient été obligés d’élire deux fois les sénateurs ». A analyser les positions du gouvernement et de la Cei, on se rend bien compte que le rouleau compresseur des futures sénatoriales en Côte d’Ivoire est déroulé. Exit donc toute récrimination et toute protestation émanant de l’opposition. La machine est en marche et il ne nous reste, en l’état actuel des choses, plus qu’à souhaiter la bienvenue à nos chers sénateurs, eux qui devront constituer la deuxième chambre parlementaire du pays.

A ce propos, il convient d’aller au-delà de la passion qui s’est emparée des chapelles politiques à l’annonce de l’organisation des sénatoriales en Côte d’Ivoire dans moins d’un mois. Cet exercice est plus que nécessaire car l’on a vraiment pas encore démontré que cette chambre viendra améliorer la vie des Ivoiriens qui se cherchent, comme on le dit dans les rues abidjanaises.

En effet, que comprennent, à cette affaire, nos parents du fin fond des forêts et des savanes, qui peinent à scolariser leurs progénitures du fait de la mévente de leurs produits agricoles, qui n’ont ni eau courante, ni électricité. Tout le débat autour des sénatoriales est là. Une diplomate de l’Union européenne en poste à Abidjan, ironisant sur la question, a questionné la structuration de ce sénat où certains sont nommés et d’autres sont élus. Auront-ils le même poids au moment de siéger ?

Les questions concernant les sénateurs, on peut les poser à profusion mais il ne faut présager de rien. Il reste donc à souhaiter bon vent aux postulants à ces élections sénatoriales, dont les vainqueurs auront, au moins, le mérite de modifier le paysage institutionnel de la Côte d’Ivoire.

Par Charles Lambert TRA-BI

 

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