Côte d’Ivoire/ Konan Bédié : risques d’une défiance au Rdr

Depuis la semaine dernière, Henri Konan Bédié, président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), trouble le marigot politique ivoirien. Et pour cause ! Ses récentes sorties et actions en relation avec son avenir au sein du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) unifié) sont inédites, d’autant plus que depuis la mise en place de cette coalition politique le 18 mai 2005 – transformée en parti le 16 juillet 2018 – l’homme avait été peint comme l’allié parfait du régime d’Abidjan. Une belle caricature de cette entente entre Bédié et Ouattara présentait d’ailleurs le premier comme le Président du conseil d’administration (Pca) de la Côte d’Ivoire, quand le second en était le Directeur général.

Dans la pure tradition africaine, Alassane Ouattara se gardait de désigner publiquement Henri Konan Bédié par son nom ; l’appelant au travers de formules périphrastiques telles que « grand frère » ou encore « cher aîné ». Tout allait donc bien dans le meilleur des mondes avant que ne se pose avec acuité, la question de la succession à Alassane Ouattara en 2020. Le « Bouddha » de Daoukro, pour qui tout était clair pour ce qui est de la transmission du témoin du pouvoir à un cadre issu de sa formation politique, comme ce fut le cas en faveur de Ouattara lors des présidentielles de 2015, après son fameux appel de Daoukro, va se mettre à douter de la sincérité du Rdr.

En effet, lors de plusieurs rencontres politiques et de nombreuses interviews, l’actuel chef de l’Etat, sur le sujet de sa succession, a fait savoir que c’est le meilleur des cadres du Rhdp qui aura l’onction des houphouétistes pour le scrutin présidentiel de 2020. Par ailleurs, ils sont légion les barons et responsables du parti à la case qui trouvent chimérique cette exigence de Bédié qui considère que c’est au tour de son parti de s’installer au palais du Plateau. Vraisemblablement, le président de la doyenne des formations politiques de la Côte d’Ivoire prend la bile, et il se susurre qu’il jure de faire respecter cette clause de l’appel de Daoukro que de nombreux analystes voient comme l’ « annexe de l’ombre » de ce deal. N’Zuéba, un autre sobriquet attribué au chef du parti septuagénaire, comme pour forcer la main à son allié, va réagir. Quelques heures après la signature du manifeste du Rhdp réunifié par Alassane Ouattara et lui, il reniera sa signature. Bédié va défendre à tous les cadres de son parti de participer à la création du Rhdp unifié, le 16 juillet 2018 et va frapper de sanctions ceux d’entre eux qui sont favorables à ce projet politique.

Le 9 août 2018, Bédié et le Pdci tournent définitivement le dos au Rhdp, et envisage la création d’une nouvelle plateforme politique sur l’échiquier national. « Le Pdci sort du processus de la mise en place d’un parti unifié dénommé Rhdp (…) De même, SEM. Henri Konan Bédié, Président du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci-Rda) a fait savoir à SEM. Alassane Ouattara, Président d’honneur du Rassemblement des Républicains, qu’il présentera des candidats pour les élections municipales et régionales sous la bannière du Pdci-Rda », note le communiqué signé de Bédié, suite à sa rencontre avec Alassane Ouatara, le 8 août, veille du retrait de son parti de cette coalition née sur les bords de la seine, il y a 13 ans.
Dans la foulée, l’ex-chef d’Etat reçoit en audience, l’opposant Pascal Affi N’Guessan, président de la frange dite légale du Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo. Une sortie fracassante lors de laquelle Bédié posera un geste et tiendra des propos que les politologues qualifient de provocation politique. Car, entre-temps, l’un de ses fidèles lieutenants, Noël Akossi Benjo, avait été révoqué de son poste de maire du Plateau, en conseil des ministres, pour malversations.

On le voit, entre les deux alliés, le Rubicon est franchi, et si l’on était encore au temps la guerre froide entre les deux blocs, on dirait que de part et d’autre, on veut équilibrer la terreur. Mais quid des moyens dont dispose Bédié pour défier Ouattara et le Rdr qui détiennent la machine du pouvoir ? Il est vrai qu’en tant qu’ancien président de la République, ancien président de l’Assemblée nationale, ancien ministre et ancien ambassadeur à l’Onu, Bédié a pu tisser un réseau et possède des soutiens. En tant que politicien averti, il a sûrement fait ses calculs avant d’abattre ses cartes. Mais il est indéniable que le Sphinx de Daoukro et son entourage sont conscients du risque qu’ils prennent en rentrant dans la défiance avec le parti présidentiel sur le compte duquel on met le fait d’avoir fragilisé de nombreux partis politiques. En politicien réputé, Bédié qui tente de mettre la pression sur Ouattara, aurait pu se garder de parader avec Affi dont le parti vit un schisme et qui n’est pas lui-même sûr d’y être majoritaire.

Au surplus, il n’a, sans doute, pas oublié le coup d’Etat qui l’a balayé du pouvoir en 1999, et la rapidité avec laquelle de nombreux barons du Pdci ont rallié le camp Guéi. Ceux avec qui il compte mener le combat de 2020 seront-ils davantage plus téméraires que ceux d’hier quand les Républicains vont renter en représailles ? Les dernières sorties d’Henri Konan Bédié donnent l’impression qu’il est en train de mener son dernier combat politique : celui de voir le Pdci reprendre le pouvoir d’Etat. Mais ce combat est une course de fond et non de vitesse. L’essentiel est de le mener jusqu’au bout, et non de le commercer.

Par TRA-BI Charles Lambert

 

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