C.I./ Conflit foncier à l’ouest : le venin de la division

Depuis plusieurs décennies, l’occident de la Côte d’Ivoire est devenu une poudrière foncière. La terre, censée nourrir les hommes, les dévorent et divisent les populations et les familles. Alors qu’on a cru, qu’avec la fin de la crise militaro-politique qui a consacré l’avènement d’Alassane Ouattara à la tête de l’État, les dissensions se seraient amenuisées, les conflits entre autochtones, allochtones et allogènes se sont empirés.

Ces derniers temps, c’est la forêt classée de Goin-Débé, dans le département de Guiglo, qui est l’épicentre d’un conflit entre les Baoulé, originaire du centre de la Côte d’Ivoire, et les autochtones guéré. En effet, au dire des autorités administratives, ces heurts ont pour origine principale, le fait que des forêts, classées ou non, sont convoitées par les communautés autochtones et allogènes. Un conflit dont le bilan ne fait que s’alourdir : de deux morts annoncés la semaine dernière, il est passé à sept, selon le communiqué du conseil des ministres du mercredi 25 octobre 2017. D’autres sources, pour ce qui est des déplacés consécutifs à ce conflit, indiquent que ce sont plus de 3000 personnes qui ont dû fuir les affrontements qui font rage dans cette localité.

Si l’ouest s’est ainsi désagrégé, c’est la faute à tous. Tout se passe, en effet, comme s’il n’existait pas d’autorités. Une sorte de je-m’en-foutisme qui a engendré un vrai désordre source de drames, de pillages et de carnages de toutes sortes. Dans le cas précis de Goin-Débé, on en arrive à se demander comment une forêt classée, qui est sous l’autorité de l’État, peut être au centre d’une crise au point que les communautés belligérantes en viennent à faire couler le sang. Cela rappelle la honteuse parenthèse du caïd Amadé Ourémi, qui avait installé sa base dans la forêt du mont Péko, à l’issue de la crise post-électorale.
Sommé de quitter cette parcelle, l’homme a été finalement délogé manu militari. Une action martiale dont on aurait pu faire l’économie, si on avait pris le pli de faire respecter les règles, aussi bien aux nationaux qu’à toute personne qui fait l’amitié à la Côte d’Ivoire d’y résider. Quel est ce pays où des lois sont prises à l’aube et déchirées au crépuscule du soir ? Il ne sert à rien de venir dresser des bilans et d’organiser des missions pour, dit-on, aller au chevet des personnes sinistrées, alors qu’on avait toute la latitude d’agir en amont.

Dans ce conflit, que de dégâts humains et matériels enregistrés ! La situation, à l’ouest de la Côte d’Ivoire, est plus qu’alarmante. Il faut à tout prix faire en sorte que cette région meurtrie ne bascule pas dans l’incertitude. Il faut surtout éviter que les frères et sœurs de cette contrée en viennent à penser qu’il s’agit d’une damnation qui fait qu’ils ne peuvent pas vivre dans la quiétude. L’antagonisme entre Baoulé et Guéré dans notre far west est de trop. Et les communautés qui s’affrontent actuellement ne sont pas blanches comme neige. Elles ont leur part de responsabilité dans cette crise dont elles sont, en définitive, les principales victimes. En fait, elles gagneraient à s’imprégner des lois qui régissent le foncier en Côte d’Ivoire.
Si le gouvernement faute en ne faisant pas de sensibilisation en vue de vulgariser les lois, ces communautés doivent se mettre au diapason car, comme on le dit, nul n’est censé ignorer la loi. A ce niveau, il est souhaité l’implication des cadres et des élus qui ont le devoir de servir de courroie de transmission entre leurs parents et les dirigeants. Cet engagement devrait participer à les sensibiliser davantage sur la question foncière, et sur leurs droits et devoirs en ce qui concerne ce sujet qui soulève des émotions.

Par ailleurs, il importe que ces communautés s’éloignent des politicards au dessein inavoué. Dans la crise du Goin-Débé, plusieurs allégations mensongères ont été entendues. Des oiseaux de mauvais augure ont survolé la région pour inoculer le venin de la division. Il est temps que les populations comprennent qu’en définitive, ce sont elles qui prennent les pots cassés, après le passage de ces ravisseurs qui semblent se délecter de leur détresse. En soutien aux autorités, populations autochtones, allochtones et allogènes ont un rôle à jouer dans la pacification durable de l’ouest de la Côte d’ivoire.

Par Charles Lambert TRA-BI

 

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